Défense et robots — tendances et observations

Défense et robots — tendances et observations

Des développements nouveaux, révélateurs de tendances importantes, s’annoncent sur le front des forces armées US.

Selon les informations disponibles, la robotique et l'autonomie deviendront des composantes essentielles majeures de la flotte de véhicules de combat terrestre de l'armée américaine dans les décennies à venir.

Selon certains experts, la robotique pourrait bien entraîner un vrai changement de paradigme (game changer), selon le colonel William Nuckols Jr.

À l'avant-garde des nouveaux développements : les systèmes autonomes et intelligents.

Côté offensif, les véhicules autonomes offrent le même potentiel de létalité que les tanks actuels, p. ex. le tank Abrams.

Ainsi, l’Armée américaine prévoit mener à bien un projet de prototypage pour 2022 et elle envisage la production d’un véhicule de combat de prochaine génération pour le début des années 2030, peut-être plus tôt.

L’avenir nous dira si l’armée est réellement bien équipée pour mener à bien ce type de projet, qui demeure plutôt jusqu’à présent l’apanage de l’industrie privée.

Mais déjà, elle envisage d’utiliser les robots pour le chargement et plus encore, avec des  véhicules terrestres sans pilotes destinés à alléger le fardeau des soldats. C’est le système SMET (Squad Manoeuvre Equipment Transport), annoncé le 2 mars 2017.

Les exigences SMET incluent notamment :

  • la capacité de transporter l’équipement des soldats lors de patrouilles de 72 heures
  • des technologies autonomes ou semi-autonomes nécessitant un contrôle minimal
  • un poids et un encombrement permettant le transport par hélicoptère
  • des capteurs et des armes d'autodéfense
  • la capacité de se recharger et de recharger les appareils des soldats

L’armée US, qui en est présentement à l'étape 1 du développement, espère construire un prototype dans les prochaines années.

Elle devra cependant affronter certains problèmes.

Problème numéro 1 – la sécurité

Une automatisation accrue signifie une vulnérabilité accrue aux menaces de cybersécurité.

Problème numéro 2 – la complexité

L'environnement terrestre est par définition plus complexe et encombré que l'air ou la mer, ce qui rend délicate l'introduction de systèmes robotiques de combat. C’est pourquoi il reste fort à faire avant que l’on puisse engager des systèmes de combat terrestre sans pilote dans des affrontements terrestres.

Les avancées pourraient se traduire par une approche relativement lente de l'autonomie embarquée destinée aux opérations de combat terrestres, et commencer par des missions plus faciles à automatiser à court terme. Par exemple, le dégagement d’itinéraires, la sécurisation des sites et les opérations d’ouverture de brèches.

Problème numéro 3 – l’acceptation

La confiance dans ces types de systèmes est vu comme l’élément clé d’une adoption plus ou moins rapide.

Problème numéro 4 – les États voyous

La robotique offre des avantages tactiques et opérationnels majeurs telles qu’elle pourrait bien révolutionner la manière de mener les guerres. Un changement comparable, selon un expert, à l'invention du blitzkrieg.

Or les pays où l'éthique et l'acceptation sociale ne sont pas des facteurs clés investissent déjà dans des véhicules robotisés au sol et les utilisent de façon novatrice. Ainsi la Russie a développé toute une flotte de tels appareils, dont certains sont armés.

"L'armée ne sera pas préparée pour des conflits futurs, si elle rate l'opportunité que nous offrent les systèmes robotiques", a averti un expert.

Cela dit, l'armée américaine possède déjà un « robot mitrailleur»,

Conçu pour voyager sous l'eau et sur le sable, il pourrait servir de première ligne lors d'invasions navales par une plage, par exemple. Ses chenilles lui permettraient de naviguer en terrain accidenté et dans le sable.

Les tendances

Ces questions même éclairent certaines tendances actuelles.

Humains et robots 

Certains estiment que l'armée américaine devrait accroître son investissement dans la robotique terrestre, y compris les systèmes armés, et expérimenter des tactiques d'équipe dans des formations mixtes non habitées.

Cela fait appel à des systèmes hybrides qui combinent automatisation et apport humain, ce qui permet de réduire le fardeau du personnel et d’atteindre une plus grande efficacité, par exemple pour l'acquisition de cibles.

Une plate-forme comme le transporteur de personnel blindé M113 pourrait recevoir un système robotisé appliqué, avec des soldats contrôlant le véhicule à distance.

La question est de savoir quels capteurs, quelles capacités? Quelles plates-formes, quels véhicules pourraient devenir autonomes pour mieux protéger les forces armées et acquérir de plus grandes capacités d’intervention dans les zones à risque?

Infrastructures dynamiques

Les technologies évoluent si rapidement qu'une approche modulaire est requise. Le développeur et intégrateur General Dynamics, par exemple, qui a développé des technologies pour permettre la coordination et la tâche des systèmes robotiques, par ex., s’attaque à un système de navigation, de commande et de contrôle autonome et au développement d’infrastructures sur lesquelles on pourrait intégrer au vol, pour ainsi dire, des technologies en phase de maturation, de manière à ne pas surcharger le véhicule.

Intelligence artificielle et apprentissage profond

C'est ici que l'intelligence artificielle (IA) entrerait en jeu dans le futur, selon Kevin Bonner, directeur principal des produits et technologies avancés chez General Dynamics Land Systems.

General Dynamics travaille sur l'IA et les technologies d'apprentissage en profondeur dans le cadre du programme d'alliance de la technologie collaborative de la robotique parrainé par le Laboratoire de recherche de l'armée.

Les améliorations dans ces domaines ouvrent la voie à des progrès qui pourraient conduire à des véhicules de combat terrestre autonomes ou semi-autonomes capables d’utiliser une force létale, prévoyait Bonner.

Une approche progressive

Une approche progressive s’impose. Dans l'industrie automobile, la robotisation n'a pas commencé avec des voitures autonomes. Les aides à l'opérateur et les portions de technologies telles que le freinage automatisé ont été mises en place progressivement avant même que le véhicule autonome devienne un sujet de discussion. Au fur et à mesure que l'armée et la société deviennent de plus en plus à l'aise avec la technologie, une automatisation croissante est inévitable.

Photo: US Army - Photo: Cpl. Levi Schultz – Multi-Utility Tactical Transport vehicle (MUTT) équipé d’une mitrailleuse durant un exercice en novembre 2016 au Marine Corps Air Ground Combat Center en Californie.

Luis Robert | Analyste