La robotique, à vol d’oiseau : un panorama fascinant

La robotique, à vol d’oiseau : un panorama fascinant

La plus récente édition d’Innorobo, principal salon de robotique français, tenu du 16 au 18 mai 2017, aura permis de prendre le pouls d’une industrie en plein essor. En fait, si l’on prend l’événement dans sa globalité, une constatation s’impose : l’on assiste présentement à un phénomène passionnant : l’émergence, ni plus ni moins, d’une industrie tout entière.

La phase actuelle de maturité se manifeste de plusieurs manières :

  • les robots font de moins en moins peur ;
  • ils s’immiscent dans une foule de domaines et d’applications et deviennent même des objets de divertissement ;
  • ils suscitent des réflexions passionnées ;
  • enfin, l’on commence à dépasser les clichés et les généralités.

Conclusion : les balbutiements sont derrière nous, et la robotique entre dans une ère de maturité qui aura des répercussions dans une foule de domaines.

 1.     On apprivoise les robots

À moins que ce soit le contraire ? Devant des robots désormais capables d’apprendre à coder comme à nettoyer le barbecue, la crainte cède graduellement le pas à la curiosité et à l’espoir. Après tout, des robots capables de démanteler une installation de stockage de déchets nucléaires ont de quoi séduire ! 

Et ils ne sont pas les seuls.

2.     On innove… énormément !

Vous cherchez un secteur en pleine effervescence ? Jetez donc un coup d’œil du côté de la robotique : la diversité et l’ingéniosité s’y déploient en effet à la vitesse grand V, à mesure que tous les secteurs de l’activité passent à la moulinette ! Quelques exemples.

Cultivateur

Le tracteur drone Pumagri : ce prototype articulé de près de deux tonnes adapté à l'exploitation vinicole contrôle sa hauteur et l'écart entre ses roues. Il offre aussi des possibilités pour le maraîchage, l'arboriculture et les grandes cultures. Commercialisation prévue pour la fin 2019.

Bête de somme

Après le Gita, sorte de «valise robotisée gyroscopique», qui vous suit en portant vos affaires grâce à votre ceinture pourvue de caméras, voici le Twinswheel. Avec son capteur laser lidar, il peut vous suivre à 30 km/h avec une charge de quelque 40 kg tout en évitant les obstacles. Commercialisé depuis mai 2017.

Plus léger, le robot de la société QENVI Robotics, peut non seulement vous suivre dans le supermarché mais vous aider à trouver ce que vous cherchez.

Agent d’information

Dépassée, la borne interactive introuvable ! Grâce à Hease Robotics, des robots pourvus d’une tablette tactile et capables d’initier un appel par visioconférence avec un préposé pourraient bientôt sillonner sous peu aéroports et centres commerciaux. Créée en septembre 2016, la jeune entreprise a déjà produit deux prototypes : gageons qu’elle ne tardera pas à se lancer en production.

Agent d’accueil

Déjà, plus de 60 000 robots d'accueil Sanbot S1, de Qihan Technology, accueillent et renseignent les clients dans de grandes surfaces en Chine.

Majordome et accompagnateur

Le Saint Graal, le marché ultime, c’est le robot compagnon, celui qui surveille la maison et en connait les paramètres mais aussi les goûts et les besoins de ses habitants, et peut s’acquitter d’un nombre croissant de tâches de manière autonome, notamment auprès des malades et des personnes âgées. Pour cela, on lui donne un aspect de plus en plus convivial et sympathique, voire mignon.

Le Winky, de la startup française Mainbot, est un produit modulaire ouvrant la voie à une personnalisation avancée — p. ex., en termes de mouvements, de langue et d’expressions faciales — avec la collaboration possible de la firme Lego.  Grâce à des cartes permettant de créer des séquences de comportements, ils pourraient servir à initier les enfants, mais aussi les moins jeunes, à la programmation.

Parmi les autres robots compagnons, mentionnons :

  • « Nao » et « Pepper », d’Aldebaran Robotics
  • « Buddy », de la start-up française Blue Frog
  • « Tiki », de la société française Event Bots
  • « Amy » de l'entreprise chinoise Amy Robotics
  • « Bo », de la société britannique BotsAndUs
  • «Yumii», conçue pour interagir avec les personnes âgées ainsi que les produits de la société russe GBL Robotics

Collaborateur !

Dans un autre ordre d’idées, la dernière génération de robots, celle des « cobots », travaille en coopération avec l’opérateur. À un dixième du prix d’un robot industriel, le cobot, également plus flexible, prend la forme d’un exosquelette qui multiplie par dix la force physique de l’humain.

 

3.     On s’amuse

Miro, produit de la société coréenne Airo imite les mouvements des poissons et permet de filmer sous l’eau. Quant au Twin Bristlebot, il innove avec ses fibres polymère dont les mouvements induits par deux moteurs permettent de produire un genre de sautillement.

4.     On réfléchit

L’évènement, qui regroupait les principaux acteurs de la robotique, présentait aussi des conférences et des tables rondes sur les grandes thématiques actuelles, telles que la maîtrise de l’intelligence artificielle et les interactions humains-robots.

Innorobo donnait aussi la parole à des théoriciens et des praticiens passionnés, actifs dans la transformation robotique.

Ainsi le psychanalyste et psychiatre, Serge Tisseron, membre de l'Académie des Technologies, auteur de «Le jour où mon robot m'aimera: vers l'empathie artificielle», explorait de nouvelles frontières. De son côté, Riel Miller, responsable de la prospective à l’UNESCO à Paris présentait une vision puissante et positive de la transformation robotique au service d'une humanité «durable».

Entre autres thèmes abordés mentionnons :

  • la navigation robuste des systèmes autonomes ;
  • des robots destinés au marketing et à l'animation ;
  • la question des robots coopératifs (la cobotique, dont nous parlions plus haut), avec la suédoise Universal Robots et la sûreté et la sécurité des systèmes collaboratifs ;
  • les relations humains-robots.

L’événement accueillait aussi la quatrième édition des États généraux de la robotique, organisés dans le cadre du plan Industrie du Futur et faisait aussi également une large place à la recherche, à travers le Groupement de recherche robotique qui rassemble quelque 1300 chercheurs et ingénieurs sous l'égide du CNRS depuis 2011.

5.     On bat les mythes en brèche

Voleurs d’emplois, les robots ?

Parlez-en aux employés de l’usine de piscines Desjoyaux de La Fouillouse, près de Saint-Étienne : un investissement de 50 millions d’euros a permis à cette entreprise de survivre à la crise financière entre 2008 et 2015, évitant ainsi licenciements et délocalisations.

Selon Alexis Girin, responsable de l’équipe de recherche sur la robotique et la cobotique (robotique collaborative) de l’Institut de recherche technologique (IRT) Jules-Verne de Nantes, en augmentant leurs capacités de production, les robots permettent à des entreprises de devenir plus efficaces et de s’attaquer à des projets et des marchés auxquels ils n’auraient pas eu accès normalement.

À cela s’ajoutent bien entendu les intégrateurs (plus de 400 en France), qui créent des emplois directement liés à la robotique.

  France Allemagne
Nombre de robots industriels pour 10 000 employés 127 301
Taux de chômage 10% 4%

Bien sûr, on ne peut tirer des conclusions simplistes, car d’autres facteurs entrent en jeu, mais il est clair que l’équation «robotisation égale chômage» est à prendre avec des pincettes !

On en même à parler de «robotcaliser», un processus qui consiste à éviter les délocalisations grâce aux robots, c’est tout dire.

Ainsi, en 2013 le gouvernement a lancé une initiative, le plan «Robot Start PME». Assumé par le Symop (Syndicat des entreprises de technologies de production), ce programme finance une partie de l’investissement dans un premier robot.

Catherine Simon, directrice d'Innoecho, société privée qui organise Innorobo depuis 2012, résume les percées impressionnantes de cette industrie : «Nous croyons à la puissance de transformation de la robotique !»

 

Luis Robert | Analyste