Les robots aux Jeux Olympiques : une présence quasi officielle

Les robots aux Jeux Olympiques : une présence quasi officielle

Ils patrouillent l’aéroport de PyeongChang, les stades et les installations olympiques. L’un d’eux comptait parmi les porteurs de la flamme olympique, une première historique. Ils balaient les planchers et nettoient les tapis. Ils savent aussi répondre aux questions des visiteurs sur le lieu de déroulement des épreuves – statistiques sportives à l’appui, si désiré, semble-t-il. Et ce n’est que le début.

Les Jeux Olympiques de PyeongChang pourraient passer à l’histoire comme ceux où la présence et la participation des robots étaient vraiment visibles pour la première fois.

En effet, quand une photo op montre Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO), serrant la pince d’un robot en présence de Lee Hee-beom, président du comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de PyeongChang 2018, il se passe clairement quelque chose.

Accueillis par ces hauts dignitaires aux larges sourires, les robots seraient-ils en train, mine de rien, de faire leur entrée dans la société, voire la famille humaine ?

En tout cas, des événements ponctuels comme les Olympiques nous offrent une bonne mesure des progrès fulgurants de la robotique.

 

Poissons ou... interprètes

Pas moins de 85 machines sont présentes sur le site olympique de PyeongChang.

Certains s’activent, prosaïquement, à l’entretien des lieux. D’autres s’affairent à peindre des murales sur demande – rien de moins – tandis que des bancs de poissons-robots aux teintes vives se déplacent dans des aquariums pour divertir les visiteurs entre deux compétitions.

D’autres encore, équipés de GenieTalk, le logiciel de traduction à base d’intelligence artificielle de la société coréenne Hancom, font office de kiosques d’information interactifs. Leur travail : renseigner les visiteurs, notamment sur les transports, les attractions touristiques et les horaires des compétitions en 29 langues, dont le coréen, l’anglais, le chinois, le français et le japonais.

Le cerveau derrière ces machines : le professeur Oh Joon-ho, membre du Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST). Sa mission : profiter du fait que les regards de la planète sont tournés vers PyeongChang pour mettre en vitrine la robotique coréenne.  

À l’origine, Oh Joon-ho comptait utiliser des robots de sécurité pour la surveillance des foules et des installations, mais la complexité de la coordination entre les entreprises privées et l'armée coréenne, qui gère en bonne la sécurité de l'événement, a eu raison de ce projet.

Marrants et touchants robots skieurs

En marge des compétitions officielles a également eu lieu la toute première compétition de descente en ski par des robots, organisée par le Korea Institute for Robot Industry Advancement et le ministère coréen du commerce, de l’industrie et de de l’énergie.   

Ainsi l’on a pu, au Edge of Robot: Ski Robot Challenge, voir ces machines dévaler maladroitement une pente douce, s’accrochant dans les portes, titubant et tombant – ce qui na pas empêché les commentateurs sportifs coréens de s’égosiller comme pour une « vraie » compétition !  

Comparées aux prouesses humaines, ces performances paraissent attendrissantes ou comiques, sinon légèrement risibles.

Il faudrait pourtant se rappeler qu’il s’est écoulé moins de sept décennies entre les premiers vols planés des frères Wright et le moment où un homme a mis le pied sur la lune.

Sept décennies pour passer de 30 m à près de 400 000 km ! Une progression fulgurante.  

Or au vu des mutations prodigieuses qu’ont connues les technologies depuis 1900, une chose est claire : la robotique du 21e siècle progressera beaucoup plus rapidement que l’avionique du 20e.

Elle n’a donc pas fini de nous étonner, et le jour où l’on verra robots et humains s’affronter dans des compétitions sportives n’est peut-être pas si lointain.

L’avenir, c’est dans deux ans, à Tokyo

 

Photo : Les robots humanoïdes P1, P2, P3 et P4 de Honda, une évolution sur près de 30 ans.

D’ailleurs, il semble bien que ce soit précisément là l’objectif  ̶  nous étonner ̶  des organisateurs des prochains Jeux Olympiques de Tokyo, en 2020.

En effet, ils comptent faire appel à la technologie robotique japonaise – dès l’accueil à l’aéroport, par exemple. Une myriade de robots sera sur place pour transporter les bagages des voyageurs, leur fournir des itinéraires et traduire leurs demandes, à tel point que cela deviendra « monnaie courante » d’assister à des conversations entre humains et machines.

Comme le Japon est une société techniquement très avancée qui souffre d’une pénurie de main d’œuvre, l’utilisation massive de la robotique aux prochains JO d’été permet de faire d’une pierre deux coups : d’abord combler des cases en ce qui concerne ses besoins de personnel, ensuite mettre en valeur le savoir-faire nippon en la matière.

Outre une importante présence de soutien aux prochains Jeux, la robotique aura sa propre compétition avec le « World Robot Summit », un événement qui réunira « des compétitions et des expositions », selon un dirigeant, et auquel tous les pays seront invités à participer.

Et Tokyo ne fait pas dans l’improvisation, puisqu’une figurine géante (20 m) de Gundam, populaire personnage robotique japonais, monte la garde sur le futur site olympique depuis 2009.

Nul doute : la science-fiction n’a pas fini de céder du terrain à la réalité.

 

Luis Robert | Analyste

 

Photo : Vue de PyeongChang. Copyright : Korean Culture and Information Service.